Archéologie aérienne J. Dassié. Prospections aériennes

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ARCHEOLOGIE AERIENNE

Historique

     L'archéologie aérienne est réellement née en Syrie, vers 1925, avec les travaux d'un militaire français, jésuite, le Révérend Père Antoine Poidebard. Cet observateur aérien avait remarqué que, dans le désert, au soleil couchant, les longues ombres portées de reliefs infimes de la surface du sol révélaient parfois des structures géométriques, qui s'avérèrent d'origine archéologique !

      Cest à partir de cette constatation qu'il devint le premier prospecteur aérien systématique, rationnel et efficace, puisqu'il put ainsi cartographier tout le tracé du limes romain, avec l'aide des moyens techniques de l'Armée de l'Air.

      Ce précurseur fut continué, en Afrique du Nord dès 1934 par Pierre Averseng et Jehan de Frayssinet qui furent les véritables pionniers de l'archéologie aérienne en Algérie. Ils furent suivis en 1949 par le Colonel Baradez. Mais ce sont les Anglais qui furent les premiers à institutionaliser véritablement ces recherches, avec Crawford, Crampton et surtout J-K Saint-Joseph, avec toute la puissance du Department of Survey de Cambridge University...

Le R.P. Poidebard. © Université  Saint Joseph, Beyrouth, Liban.

Définition de l'archéologie aérienne.  

       L' image spectaculaire d'un camp néolithique charentais est particulièrement représentative des possibilités de l'archéologie aérienne. Mais de quoi d'agit-il ? En raccourci : c'est l'image de traces résultantes de l'action des hommes, de leurs travaux depuis des millénaires, de la végétation, de la climatologie, d'un avion présent au bon moment et de la photographie aérienne!
       Dans ces techniques,  on utilise l'avion pour le recul qu'il apporte,  car au sol, ces traces ne représentent que des taches inorganisées,  plus vertes dans les céréales jaunissantes.  Il faut s'élever pour en percevoir l'ordonnancement géométrique, caractéristique d'une activité humaine.  
       Elles apparaissent en effet ici, sur un éperon dominant la Charente, à l'aplomb de grands fossés creusés par les hommes, dans le banc calcaire, pour constituer une zone défensive. Ces fossés, dont le remplissage humique naturel au cours des siècles et même des millénaires, est plus rétenteur d'humidité que la roche environnante, retardant ainsi le jaunissement des céréales.       
       La photographie permet de témoigner durablement de traces éminemment fugitives, de quelques heures à quelques jours, validant ainsi les documents de déclaration officielle de découverte auprès des instances qualifiées...

      Et ailleurs ? Cette discipline dispose de moyens à faire rêver les amateurs français ! L'Angleterre, avec J-K Saint-Joseph et le Department of survey de la Cambridge University, son avion et ses équipages. En Italie, F. Castagnoli, A. Adamesteanu, le général Schmiedt, avec l'Aeronautica militare et l'Aerofototeca ont des résultats spectaculaires cependant qu'en Allemagne, un informaticien américain, Irvin Scollar déployait tous les moyens techniques et financiers du Landsmuseum de Bonn. Il poussa très loin le traitement d'image ainsi que le redressement de perspective avec son programme "Air-Photo". Une journée de fonctionnement de l'un de ces organismes correspond en gros au budget annuel d'un prospecteur aérien privé français...


NEUILLAC CM "Logis de Romas". © J. Dassié

      Image typique d'archéologie aérienne : fossés circulaires protohistoriques. Pour satisfaire à leurs coutumes funéraires, nos ancêtres les Gaulois creusaient des fossés circulaires autour d'une zone réservée à une incinération. Les résidus étaient conservés dans des vases, enfouis dans le fossé ou dans une fosse centrale et accompagnés d'offrandes rituelles pour le grand voyage.

       Dans l'immédiate après guerre, en France, aucune structure n'était organisée pour le fonctionnement de l'archéologie aérienne et chacun finançait ses prospections... A partir des années 70 les Directions Régionales des Antiquités, précédant les Services Régionaux de l'Archéologie, commencent à accorder des autorisations de prospections aériennes ainsi que de maigres remboursements de frais aux prospecteurs. Mais nous sommes bien loin des budgets de fonctionnement de pays voisins

      Parmi les pionniers, citons Roger Chevallier, Bernard Edeine, P. Parruzot, Bret etc Il faudra attendre l'approche des années 60 pour que surgissent spontanément des prospecteurs régionaux poursuivant encore actuellement leurs travaux.

  • Daniel Jalmain, prospecteur de l'Ile-de-France et de l'Eure-et-Loire. Amateur, directeur de collège. De belles découvertes, dans une large palette chronologique. Homme discret et efficace, un des tout premiers.

  • René Goguey utilise des moyens militaires pour survoler une large zone, de la Bourgogne au Rhin. Dans la vie civile il organise la prospection aérienne en Bourgogne et fait acheter un avion par les Autorités Régionales.

  • Roger Agache, spécialiste de la présence romaine dans le nord de la France. Professionnel de l'archéologie, puisqu'il fut longtemps Directeur des Antiquités de la Circonscription Nord-Pas-de-Calais.

  • Le Colonel Louis Monguilan, pilote, dirige l'ALAT dans la région d'Aix-en-Provence.
    Il profite des missions d'entraînement pour repérer des structures archéologiques... Rendu à la vie civile, il continue ses prospections en aéro-club

  • Jacques Dassié, ingénieur et pilote privé, prospecteur du sud Poitou-Charentes. Son action est caractérisée par la mise au point d'une méthodologie précise, concrétisée par la publication de son "Manuel d'Archéologie Aérienne", la conception de la première banque informatique opérationnelle illustrée pour les données archéologiques aériennes : la Banque Archéologique Poitou-Charentes et par un nombre de découvertes très élevé. Probablement un record avec plus de 2160 sites officiellement déclarés. Créateur en 1998, du premier site Internet totalement dédié à l'archéologie aérienne "http://archaero.com/".

      Les conditions météorologiques très exceptionnelles de l'année 1976 (la grande sécheresse...) ont provoque une multitude de vocations de "prospecteurs aériens". C'était si facile cette année-là! L'année suivante, 1977, assez peu favorable, est venue tempérer beaucoup d'ardeurs, et seuls ont continué les obstinés, les courageux ! Leur liste est maintenant longue et nous ne citerons que notre propre région, avec le Colonel L-M Champême, pilote, ancien instructeur de l'Armée de l'Air, MM Christian Richard et Alain Ollivier. M. Henri Delétang a publié en 1999 un intéressant panorama de "L'Archéologie Aérienne en France".

Pourquoi les travaux humains laissent-ils des traces...

      Au cours d'une promenade en avion, il arrive parfois que l'on distingue des traces curieuses dans les céréales de Juin : des lignes, des cercles ou des carrés, plus clairs ou plus foncés que le reste de la culture. Sans le savoir, on vient peut-être de découvrir des indices archéologiques !

      Mais quelle est l'origine de ces traces ? Dès que l'homme a creusé le sol ou apporté des matériaux, il en a détruit l'homogénéité naturelle qui s'était progressivement constituée au cours des millénaires précédents. Un fossé se sera naturellement comblé d'un remplissage à base d'humus cependant que des fondations enfouies donneront un sol plus pierreux, plus calcaire. Ces emplacements auront des capacités de rétention d'eau bien différentes de celles de leur environnement. Et c'est là que réside le secret de l'origine des fameuses traces...

      Sur l'ancien fossé, les végétaux, les céréales pousseront mieux, surtout en période de sécheresse. Plus verts et plus hauts, ils jauniront plus tardivement et pourront verser plus facilement. A l'inverse, au-dessus de fondations enfouies, même profondément, les céréales seront plus fines, plus basses et jauniront plus précocement. L'hiver, surtout après un coup de vent asséchant les terres, des remontée d'eau capillaires dessineront en sombre le tracé des fossés enfouis.

      C'est ainsi qu'à certaines époques, du sol on pourra voir se dessiner des lignes confuses dans les champs, mais la perception de l'ensemble de ces anomalies est très difficile.. C'est là qu'intervient l'avion : par le recul qu'il apporte, par ses facilités de positionnement autour du site, il permet de mieux percevoir l'ordonnancement géométrique des traces observées.
      Car c'est justement la forme caractéristique des indices qui permet au prospecteur de reconnaître l'origine humaine et probablement archéologique de ces structures qu'il va photographier. L'image photographique constituera la preuve décisive de l'existence du site, à joindre à la déclaration officielle de découverte auprès du Service Régional de l'Archéologie.

Les principaux indices très révélateurs sont :

  • Les différences de couleur, de teinte ou de densité dans la teinte. C'est le cas des exemples ci-dessus.

  • Les anomalies de formes ou de structures avec le cas particulier de l'anomalie de relief induite par des fossés ou des fondations enfouies. L'exemple du Père Poidebard le démontre.

  • L'apparition ou la fusion d'éléments liés à la température : neige, givre, grésil, verglas seront des éléments sensibles aux micro différences de température induits par les hétérogénéités enfouies.

Relations entre les formes et l'évaluation de la datation chronologique.

  • La forme générale de ces structures permettra une première évaluation d'une chronologie présumée. Les fossés de très grandes enceintes, doublés de remparts ou de palissades, avec des portes à chicanes, défendant une aire défensive et de rassemblement de 200 à 400m de diamètre, sont l'œuvre de peuplades néolithiques de cueilleurs-chasseurs en voie de sédentarisation. Cette période se situe entre -4000 ans et -1800 avant J-C.

  • L'époque suivante, la protohistoire, de -1800 environ, jusqu'à notre ère, est caractérisée par des fossés circulaires ou carrés beaucoup plus petits, de 10 à 50 mètres de diamètre, consacrés au rituel funéraire à incinération. Ce sont des nécropoles, des cimetières de l'époque, où, dans un fossé on plaçait un vase de céramique contenant les cendres du défunt, entouré d'offrandes pour le "grand voyage" (armement, si c'est un guerrier, urnes, provisions). Nous voyons ainsi apparaître les premières manifestations tangibles de la spiritualité.

  • A partir de la conquête de la Gaule, les peuples gaulois ont rapidement assimilé les progrès techniques apporté par les Romains : la construction en pierre, l'usage de la tuile, le confort domestique (chauffage central), la distribution d'eau alimentant fontaines et thermes (bains publiques). Il y eut la concrétisation monumentale des lieux de culte, fanum et sanctuaires ainsi que celle des centres de loisirs : amphithéâtres, théâtres et cirques. De très grandes installations de production agricole naissent dans nos campagnes : les villas, regroupant plusieurs corps de métiers et un personnel abondant. Cette activité de construction toute nouvelle se traduit aujourd'hui par de nombreuses fondations enfouies. Un exemple spectaculaire est constitué par la ville gallo-romaine de Novioregum, à Barzan, CM, dont nous avons découvert les structures à partir de 1975 et dont la superficie reconnue approche maintenant les 400 hectares...

  • La période médiévale constitue un peu une régression, au moins jusqu'à l'an 1000. Mottes féodales et castrales peuplent nos campagnes découpées en petites seigneuries. Mais là encore, châteaux et donjons arasés livreront leurs secrets à celui qui les recherche du ciel.

       Un avion, un pilote, (mais c'est tellement mieux de piloter soi-même...), un jeu de cartes géographiques, un appareil photo avec un zoom et des        cartes mémoires : voici la panoplie nécessaire et suffisante pour faire de l'archéologie aérienne. Cependant une autre condition existe, mais elle        n'est pas matérielle : c'est la passion de la recherche, de la quête infatigable récompensée par la découverte !

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