Révolution au Lido
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Archéologie aérienne

Les histoires de Jacques (8).

Le Tour d'Europe. 
     

             Une aventure qui s'est déroulée en 1971: le Tour d'Europe de la Fédération Aéronautique Internationale, organisé par l'Aéro-club de France. La machine : le Cessna 172 du docteur V., un de mes élèves en radionavigation.

       Le commandant de bord (heu... moi !), à l'époque, un peu plus de huit cents heures de vol, qualif B et radio internationale, avec un stage à Challes-les-Eaux et pas mal de beaux voyages à l'étranger.

       Familier de Toussus et de Saint-Cyr où j'avais fondé un Centre inter club de préparation à la qualification radio et à la radionavigation.




Jacques Dassié, à Cannes, en train de se battre avec sa Mae-West, avant le survol maritime vers Bastia.

      Le toubib, pilote sérieux (qui, par la suite, à passé son IFR), qualification radio internationale toute fraîche en poche, souhaitait se frotter en vrai grandeur aux navigations anglophones et me proposait de l'accompagner pour un grand voyage d'application des cours théoriques. Il a eu la délicate attention de me laisser la place de commandant de bord, ce qui m'intéressait en vue de mon classement de rallyeman. Le Tour d'Europe nous alléchait par le circuit proposé : Rome - Canne - Luxembourg - Dusseldorf - Hilversum - Bruxelles - Londres - Paris, entre le 28 Août et le 5 Septembre.

      Tout cela avait commencé à Toussus-le-Noble, par une première étape vers Nice. Trajet facile par Montélimar, avec au passage l'admirable mont Ventoux et douzes minutes d'hippodrome sur Cagnes-sur-Mer.... Une nuit chez un ami, sur les hauteurs dominant la Baie des Anges, puis ce fut notre première traversée maritime vers Bastia. Au passage nous saluons la principauté de Monaco...

 
Le rocher de Monaco, la vieille ville et le Musée de la Mer. © J. Dassié    

 Petite pointe d'émotion quand nous avons perdu tout horizon terrestre... La mer sur 360 degrès, ça impressionne un peu et l'on se surprend à prêter une oreille peut-être plus attentive au ronronnement du moteur... Arrivée sans problème à Bastia. Nous avons pu aller roder auprès des gros Canadair de la Protection Civile et discuter avec leurs équipages.

      Le lendemain, une autre étape sérieuse : Bastia-Rome, par l'île d'Elbe, Giglio, Tarquinia. Roma-radar mitraille un anglais qui nous surprend un peu... Mais on s'y fait vite !
  Belle soirée de Septembre sur le terrain de Rome-Urbe, enserré dans sa boucle du Tibre. Les discours officiels, un dîner à l'italienne, du folklore, des avions au piquet, sous les étoiles... Délicieux souvenir !



L'arrivée à Rome-Urbe, en suivant la voiture de service, généralement appelée d'un autre nom...

      Départ au petit matin de Rome-Urbe, à destination de Cannes. Quelques cunimbs facétieux trainaient entre l'Italie et la Corse et nous décidons de voler haut, très haut et plus au sud. Epreuves sportives neutralisées en raison de cette situation météorologique particulière. Au passage, loin en-dessous, nous admirons l'île de Monte-Christo. Le soir, à Cannes, lors d'une réception particulièrement huppée, au yacht-club de Port Canto, tout près des grands bateaux immobiles sous la lune, nous étions l'objet d'une vive curiosité : "Comment, avec de si petits avions..." s'exclamaient ces familiers de la jet-set !

     L'étape Cannes-Luxembourg nous permettait de suivre la chaîne des Alpes, de voir le Mont Blanc (Nous avons ouvert le haut de la porte afin de faire quelques photographies et... la refermer bien vite, car l'iso 0°C n'était pas loin ! Brrr... Survol des Hospices de Beaune... une épreuve de repérage ayant lieu dans le coin. Le célèbre hospice n'avait sûrement jamais vu une telle noria d'avions de tourisme au-dessus de ses vieilles pierres !


La ville de Beaune et ses célèbres Hospices. © J. Dassié

      Pour cette étape, longue de 850 Km, nous estimons préférable de faire un petit stop carburant à Nancy-Ochey, atteint au bout de quatre heures vingt de vol. Le trajet Nancy-Luxembourg, beaucoup plus court, ne demandera que cinquantes minutes avant d'aborder les épreuves qui ponctuaient chaque étapes. Puis ce fut l'arrivée au Luxembourg. Luxembourg-Findel est un grand terrain toujours très accueillant aux touristes. Nous le connaissions bien, ce terrain : je suis le seul pilote à avoir participé aux huit éditions bisannuelles du "Rallye International des Vins de la Moselle Luxembourgeoise" ! Autrement dit, prix de fidélité garanti et les caves de Rémich, je suis capable d'y aller les yeux fermés, m'assoir devant le foudre de Saint Willibrord...

      Après Luxembourg, l'étape allemande de Dusseldorf nous attendait, avec un long cheminement imposé, à 1000 pieds. Je nous revois en train de naviguer (qui a dit merdoyer ? hein ?) dans cette zone très dense en habitat, passant par Aix-la-Chapelle, toujours en plein dans une brume industrielle jaunâtre et sans GPS bien entendu. Et l'arrivée au petit terrain de Munchen-Gladbarch (devenu aujourd'hui Mönchengladbarch) comprenait les épreuves de précision d'heure d'arrivée et précision d'atterrissage. La visibilité devenait catastrophique et à moins de une minute de l'atterrissage, je ne voyais toujours pas le terrain, à 300 pieds sur un bois ! Mais la nav avait été bonne et le chrono précis : la piste surgit, juste sous la lisière, et je vois la croix-cible d'atterrissage... Tout réduit, plein volets, trop vite, cabrer un peu et... il reste juste assez de portance pour venir, avec beaucoup de chance, poser la roue gauche juste sur la croix, pile à l'heure, la minute et la seconde programmées ! Je remportais cette étape et je n'étais pas mal placé au classement général.

      L'accueil fut "monumental", très germanique. Après les inévitables discours du bourgmestre et une fantastique démonstration de la "First Dusseldorfer Band", une fanfare germano-américaine qui battit tous les records de décibels connus... Un repas gargantuesque nous fut servi et une image me reste : l'arrivée, dans l'immense salle du Schloesser-restaurant, des 400 serveurs portant chacun un plateau sur lequel trônait un superbe cochon de lait entier ! Et vers le milieu du repas, je surpris mon voisin, un ancien feldvebel de la Luftwafe (un vrai, de la dernière guerre), en train de loucher sur mon cochon, à peine entamé. Quelle satisfaction témoignait son fin visage, quand je lui ai proposé de le finir pour moi ! Il n'avait pas dû se nourrir depuis la retraite de Russie...


Dans la banlieue de Dusseldorf, le Tour posé à Mönchengladbach.

      Dusseldorf-Amsterdam. Ce sera l'étape la plus courte et un cheminement VFR draconien nous vaut une magnifique promenade de 180 Km, à basse altitude, au travers des campagnes allemandes et hollandaises, la Meuse servant de fil conducteur sur la plus grande partie du parcours. Après les épreuves, nous nous posons sur le petit terrain d'Hilversum.


Le "Lek" et la ville de Nimègue, aux Pays-Bas. © J. Dassié


      Le lendemain, deux étapes sont prévues : Hilversum-Bruxelles et Bruxelles-Londres. La première étape voit ses épreuves annulées en raison des conditions météo et nous arrivons fort péniblement sur le terrain de Bruxelles-Grimsbergen.

      La deuxième étape comportait une curieuse épreuve de navigation : sur le trajet se trouvait un monument portant l'inscription "Gloire à Marie médiatrice"... Il fallait déterminer le les coordonnées et la distance par rapport au terrain du Touquet. Pas de problème, hormis le fou-rire à bord en entendant à la radio les concurents étrangers interloqués, se répéter cette phrase avec leurs différents accents !

      Après la traversée du "Channel", recherche du terrain et atterrissage de précision à Biggin-Hill. Les mauvaises langues (il y en a toujours...) vous diront qu'un certain nombre de concurents -voire un nombre certain- zig-zagants un peu dans tous les sens, virent la Tour de Londres de très très près... Shocking ! Pour nous, nous arrivons à la huitième place du classement général, second des 26 équipages français.

L'armada des concurents alignés sur le parking du mythique terrain de Biggin-Hill...

      Le discours soporifique du lord-mayor achevé, nous fûmes faits membres d'honneur du Royal Aero-Club, au cours d'une réception grandiose, dans un cadre très victorien. Tard dans la nuit, guidés par quelques affinités secrètes, les Français se sont presque tous retrouvés dans un restaurant italien. Même la presse française accompagnatrice (Madame Lucien Biancotto) était là !

      Dernière étape : Londres-Paris. Nous quittons Biggin-Hill avec une pointe de regret, salués par tous les vétérands, alignés au bord du taxi-way. Certains avaient d'énormes moustaches très britanniques, mais aussi des manches vides, qui flottaient au vent...

       Vite, le Mid-channel, à partir duquel on retrouve les accents de nos terroirs. La dernière épreuve est facile : arrivée verticale Beauvais suivant un QDM et à une heure annoncés à l'avance. On a dû s'en sortir honorablement. Et à partir de là les parisiens sentent l'écurie, puisque l'on va se poser à Guyancourt... Oui, le Guyancourt d'avant que les promoteurs ne sévissent...

     Le soir, dîner fort animé au premier étage de la Tour Eiffel et proclamation du palmarès par James Milhaud : surprise, nous sommes remontés à la quatrième place du classement général, mais surtout, premier des 26 équipages français. En plus, nous remportons la coupe de précision d'atterrissage, offerte par Reims-Aviation et
remise par Jean Moyne.
Ce Tour des Capitales a rassemblé 85 avions de tourisme qui, avec 230 personnes à bord, ont parcouru 53000 kilomètres-passagers en 1350 heures de vol... Impressionant !

Et voilà, c'est fini... pour cette histoire. L'Europe, c'est très beau et c'est très grand, vous savez !

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